
2 Je suis
6 armée de mots et de mains
1 ici
0
2 sans toi
0
2 à quoi
2 ça sert
Perle Vallens
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

2 Je suis
6 armée de mots et de mains
1 ici
0
2 sans toi
0
2 à quoi
2 ça sert
Perle Vallens
22 octobre
C’est l’heure des âmes mortes
des nuits blanches
des braquages de nos rêves
délavés à l’encre
le lavis persistant rendu invisible
dans le noir dévidé de nos attentes
PV
23 octobre
Il a fait des boules et mis des yeux partout. Il a fait des boules toute sa vie.
Il a fait des boules en terre pour faire revenir à lui ses mains d’enfant.
Peut-être qu’il faisait déjà des boules quand il était enfant. Peut-être qu’il a fait des boules avec de la pâte à modeler, de la mie de pain, des crottes de nez, de la cire d’abeille. Peut-être qu’il en fabriquait des billes pour jouer avec. Peut-être que ses billes se reflétaient déjà dans ses yeux. Peut-être qu’il regardait ses billes comme des poèmes.
Il a fait des boules et mis des yeux partout. Il a fait des boules toute sa vie.
PV
Hommage à Jean-Luc Parant
24 octobre
j’ai dépassé depuis longtemps
l’âge des contes de fée
J’ai laissé passer l’heure des rêves
J’ai décompté les signes lourds de sens
ceux que le jour nous dépose sur la langue
comme s’il s’agissait de dompter le réel
je remue les lèvres mais aucun mot ne sort
je demande à la nuit de me réveiller
je lui demande de me dire si je suis
toujours vivante
si mon corps est réparable si mon esprit sait
encore comment trafiquer l’existence
sache que la nuit ne répond qu’aux horaires de jour
PV
25 tentant
t’entends
t’entends le vent
le vrai son du vent d’avant l’orage
t’entends le bruissement
le rouage le roulement à bille
la mécanique des tempêtes
t’entends tout ce qui devrait faire peur
devrait t’inciter à te mettre à l’abri
au lieu de ça tu sors
t’entends le tonnerre
tu comptes le temps que met l’éclair
t’entends à la minute près et tu sais
ce temps d’explosion qui zèbre le ciel
et tu sors parce que c’est trop tentant
de courir après l’orage
PV

26 octobre
Toi tu
Toi tu ne t’opposes pas
au tutoiement
Toi tu sais te taire
pour dire nous
Toi tu dirais je
si tu pouvais
mais tu n’oses pas
Tu te dis tu à toi-même
Tu te considères comme
ton alter ego
Pas de chichi entre vous
Entre lui (toi) et toi
c’est une vieille histoire déjà tracée
d’une barre de t
Toi tu
Toi tu ne vois pas d’inconvénient
au tutoiement
PV
La revue Labyrinthe[s #2 vient de paraître avec des extraits de Ceux qui m’aiment, recueil à paraître tout bientôt aux éditionsTarmac (et déjà en pré-commande). Elle présente également quelques photographies ainsi qu’un vidéo-poème, cut-up/collage sur photo.
NB La revue Labyrinthe[s est disponible sur la boutique du site.





Le feu s’allume, le feu s’éteint.
D’un tison apaisé, la suie remplace
la braise dans l’air noir
et les cendres au souffle d’hier
A la prime brûlure suit
la brume consumée
et la fuite des flammes
Au ressac rougi
à la langue flambée
l’épine crépite au bout des doigts
Le feu s’en va, le feu revient.
Perle Vallens
17 octobre
Fiction classée X dans laquelle
on bascule par principe
de réalité
On crochète du concret
comme la peau sous les ongles
trop nombreux fantasmes et tabous déficitaires
Les interdits s’extirpent à la force du goût
on les déglutit on les régurgite
on se dit pas assez salé
on passe à autre chose
PV
18 octobre
tu prends cette pensée qui t’érafle
qui te griffe
à laquelle pourtant tu te frottes
ce raclement tant de fois entendu
tant de cicatrices laissées
tu te laisse traverser par cette idée
impossible à arrêter
impuissant à stopper le leitmotiv
comme refrain d’une chanson sans fin
qui résonne jusque dans les recoins silencieux
de ton cerveau
PV
19 octobre
Elle défait sa queue de cheval et brosse ses cheveux, longuement. Elle les brosse sur toute la longueur. Jusqu’aux pointes qui s’effilent. Elles démêlent les rebelles. Les indisciplinés. Les évanescents. Les durs à cuire. Elle se demandent s’il y a dans la nature des cheveux comme dans la nature humaine, une part de bien et de mal. Des dociles et des révoltés. Des doux et des irascibles. Quel est le caractère d’un seul de ses cheveux, quel est celui de l’ensemble de sa chevelure ? La partie pour le tout ou bout des dents synthétiques de sa brosse, leur morsure du cuir chevelu et le cri immobile de son crâne.
PV

20 octobre
Nulle autre perspective pour le corps que
sa propre exactitude et sa progression
souvent désinvolte devant sa propre érosion
Le corps n’ignore pas les signes incertains
il les snobbe par habitude
tout est dans l’esbrouffe
cabotinage et compagnie
Le corps bluffe
(il est très doué à ce jeu-là)
toute affliction s’occulte
toute cicatrice s’efface
toute trace de détresse se passe
de commentaire
PV
21 octobre
Il renifle. Il flaire comme un chien. Vilain chien qui fouine, fouille sous la jupe. Chien qui fait le beau, bien campé sur ses pattes arrières. Queue dressée. Babines salivantes. Crocs retroussés. Vilain chien me prendra pour os à ronger, me mordra, me laissera pour morte. Vilain chien n’aboie pas pourtant, jappe de joie. Lèche ma main. Et comme dans la comptine, lève la queue et puis s’en va.
PV


tu cherches un trou pour t’y glisser
t’y enfoncer t’y enfermer
tu pourrais renaître dans les entrailles
tu serais ce fœtus que tu ne te rappelles pas
animal caché au ventre-même du monde
parce que la terre sait te protéger
la terre sait la quiétude humide et chaude
qu’elle sait taire les secrets trop froids
parce qu’elle dissimule un chemin inaccessible
que seuls les innocents connaissent
tu voudrais devenir inaudible inodore
que personne ne puisse te flairer dans l’ombre
tu voudrais t’emparer de la nuit toute entière
t’en vêtir comme d’une tenture protectrice
t’en couvrir devenir invisible aux yeux des vivants
parce que les morts t’écoutent qu’ils te regardent
parce qu’ils t’attendent
parce qu’il y a quelque part une consolation possible
dans la disparition
tu voudrais flotter loin ailleurs dans l’espace
parce que les étoiles ressemblent à des vies brèves
parce qu’elles aussi finissent par s’éteindre
Perle Vallens

mon cerveau est une zone désertée
une friche urbex en décomposition
dérive cortex mon néant acceptable
dévidé de ses fils défait de ses liens
écrasement facial sous la pression vaine
d’expressions vénales
sous l’établissement d’une classe dirigeante
dit de mauvais combat je suis mon propre arc
et ma flèche
je tire sur cibles vivantes je bois
le lait du mauvais sein insuffisant à nourrir
la poitrine gorgée d’un jus noir
de déjections de crachats ravalés je sens
ce renflement dans ma trachée encombrée
des mêmes mots jetés à la gorge
mes poumons mille fois empoisonnés des mêmes miasmes
des déchets laissés en gage dans nos bouches closes
somme toute mouches à merde nos déchéances
se ramassent à la pelle se poussent du pied sous le tapis
les feuilles de nos morts promises
Perle Vallens
12 octobre
Don’t you forget about me
Vieille chanson vintage
défile sur mon smartphone
pour faire rimer Instagram
avec mélancolie
Dans forget il y a get
Il y a get laid et get in touch
Il y a aussi get rid of
Guess what I prefer
Sûrement pas que tu m’oublies
que tu me passes aux oubliettes de ta vie
Je suis un esprit simple mais pas simpliste
parfois juste un peu autiste dans mes addictions
je me répète en boucle
Don’t you forget about me
PV
13 octobre
c’est très gentil à toi merci vraiment gentil je te remercie encore tu es très gentil merci-merci-merci je ne te remercierais jamais assez tu es la gentillesse incarnée gentillesse personnifiée jamais croisé quelqu’un d’aussi gentil thanks a lot my dearest friend so kind of you t’ai-je déjà dit à quel point je te trouvais gentil vraiment trop gentil A-DO-RABLE
PV
14 octobre
Muscle lâche. D’un coup sec.
Sa reliure défilée. S’offre définitive.
Le long de l’ossature. S’effiloche.
Les chairs s’en détachent. Déchirées.
Roule et pousse l’os. Comme caillou.
A vide.
PV

15 octobre
Les tatous ne vivent pas dans les grandes villes. Il arrive qu’ils s’y égarent mais ils préféreraient être ailleurs.
Ils ne prennent pas le métro. Ils ne portent pas des sneakers en cuir souple et à coussin d’air placé au niveau du talon. Ils ne jouent pas au basket-ball. Jouent-ils ?
Ils ne boivent pas de sodas, ne mangent pas des sandwiches chauds et gras dans des fast-foods. Ils ne s’alcoolisent pas, ne se droguent pas, ne crachent pas leur tripes au sol. Ils ne sont pas en manque et ne se cachent pas pour suer leur misère. Ils se cachent pour échapper aux prédateurs.
Ils ne dorment pas la nuit dans des chambres d’hôtel miteux. Ils ne se réveillent pas dans une marre de vomi. Ils ne zonent pas dans des ruelles mal éclairées. Ils n’abusent pas de lames coupantes sur leurs congénères. Ils se méfient de tout et poussent des cris stridents à notre approche.
Les tatous ne vivent pas dans les grandes villes.
PV
16 octobre
volaille ou valetaille
qui nous prend pour des perdreaux de l’année
coqs de basse-cour de basse extraction
d’exaction de vilenie mieux vaut
revendiquer sa cruauté
que de s’en cacher
PV