
Caviar 17

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

L’anthologie « Vivant(e)s » des Editions de l’Aigrette vient de paraître avec 32 poètes. J’ai la joie d’y figurer avec le poème inédit Comme ça vient.



déborde ménade
bois ce qu’il reste à boire
tes vertus se purgent
dans la forme quotidienne du ventre
dans le volume gonflé du sang
dans la forme verticale du corps
déjà passé par trépas plusieurs fois
tu t’en fous il te reste neuf vies
©Perle Vallens

Le thème du numéro spécial de la revue Mot à maux qui vient de paraître est « s’ouvrir au monde ». 13 poètes y sont publiés, sur plus de 100 pages, j’y signe trois poèmes d’un travail en cours, provisoirement baptisé Carcasse.
Vous trouverez sur le site Internet de la revue de quoi commander ce numéro .



coupe courte
bien dégagée autour de l’os
il n’y a pas à pousser
pour tout faire entrer dans la boîte
tout replier dans le bon sens
le supposé des choses
si les tripes dépassent
c’est qu’il reste sans doute
un peu de vie
©Perle Vallens

Brûlée. Marquée au plus vif de la chair.
Précisément là où l’on ne sait plus à quoi tenir. Mais tenir bon. Mais persister. Mais dénombrer une a une les heures. Démembrer le temps, ses tenailles, ses tiraillements.
Savoir tracer ses propres lignes, savoir traverser les voies sans vérifier leur horizontalité, sans hésiter et se laisser glisser sur le chemin.
Savoir se perdre en route sans prendre la mesure précise de l’écart qui nous éloigne.
Savoir percer à jour les écrans de pleine nuit, savoir les ouvrir en deux dans le sens du coeur ou celui du vent, c’est du pareil au même.
Savoir se laisser porter loin, au delà des limites, au delà des fortunes et des infortunes, au delà des frontières imposées.
Savoir avouer à tel, savoir ouvrir la bouche et lui dire ce qui n’a pas été dit, savoir faire fi des pudeurs qui emprisonnent.
Savoir vouloir peut-être encore. Tout et son contraire. L’impossible et l’irréel. Le plein et le vide.
Savoir attendre l’inattendu, savoir le reconnaître à son visage incertain, à son regard éperdu.
Savoir plier sans rompre tout à fait, savoir se coucher dans ses propres béances, savoir choisir ses ailleurs.
Savoir délier ses propres vérités.
Savoir bercer les émotions comme on les enfante.
Savoir pleurer, hurler, jusqu’à ce que. Si loin. Sans se retourner. Avant, bien avant. Et surtout sans regret.
©Perle Vallens

Les chiens flairent
sous la robe des fantômes
les traces féminines
d’un passé qui saigne
Ils fouinent fouillent
le coeur se condense
entre leurs narines
organe fané s’affine
se replie sous la fadeur
le rance des pétales
Les chiens aussi mangent les fleurs
©Perle Vallens


Traverser la bouche ouverte
certains harpons
certains soirs d’été
On ne reste pas indemne
On sauve ses os et sa salive
On sauve sa langue
On saute encore dans les flaques
On baigne dans son eau
La saumure aura raison de nous
Le sel nous rattrape toujours
aux confluences de nous-même
La marée nous emporte
plus loin que nous ne pensions
parmi d’autres échoués
La trace du sel
c’est tout ce qu’il reste
sur le rebord du bol
que tu n’as pas fini de boire
©Perle Vallens