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Ton Barnum

barnum©Perle Vallens

Un cirque s’est installé
la lanterne magique qui tourne
sur le parking de ton crâne
son lac nocturne sur l’auvent
juste pour refléter les étoiles

C’est sans compter le poil gris des bêtes
leurs crocs arrachés
une transhumance comme un manège
qui mêle les cris et les plaintes
le risque d’abandon n’est pas loin
sous les dos pelés

Et toi qui passes par là
tu regardes le dompteur de travers
le dézingueur à la chambrière
les brimades et les pleurs muets
la magie du cirque
disparue dans les plaies

Tu le sais, on l’a tous
notre combinaison intégrale
notre peau de léopard
trouée au fouet d’hier
rapiécée chaque jour
au crochet des nuits
sous l’auvent aux étoiles
©Perle Vallens

Emotion·hommage à·photo n&b·poésie

Dispense de vanité

dispense vanité©Perle Vallens.jpg
Autoportrait, hommage à Francesca Woodman

Sission consommée entre le corps et l’esprit
la fissure s’agrandit la fuite les effets sordides
l’absurde et impossible fardeau
les festivités dont on se fout

La seule voie possible
serait une sensibilité suspendue
pensée du moindre mal
une complaisance envers soi
taire les passions tristes
faire absolument silence

La sphère tourne toujours
son centre s’enfonce
en profondeur
c’est pour dissimuler
un reste de pudeur
©Perle Vallens

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Extrait cadastral

Cadastre ©Perle Vallens.jpg

Redessiner le cadastre, où tremble l’épiderme.
Réviser l’ordre des couches parcellaires, le tracé des veines en chemin de traverse, suivre la progression, l’à peu-près si proche, les profondeurs, les remparts, les superficies parcheminées.
Connaître ses terres, mesurer les aires, les routes empruntées. Cela signifiera-t-il la maîtrise du territoire ?
L’occupation les lieux peut-être. Parfaire sa graphie. Parapher la peau.
©Perle Vallens

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Bataille rangée

Bataille rangée ©Perle Vallens

Déployé le soleil, les ailes des oiseaux, les silences noyés
Je déplie un à un mes cils battants sous le ciel
en persiennes, en morceaux de lumière
La place qu’occupe les habitants du monde ne cesse de grandir
voraces menant leur combat dans l’air brutal
grand bleu mordant des ventres à terre
Pigeons, corbeaux, mouettes, moineaux, le même acharnement
les accrochages et les chocs dans le contre-jour blanc
Leurs becs comme jadis nos bouches
dans le regard des étoiles absentes
©Perle Vallens

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Artisanat d’art

Bandée ©Perle Vallens.jpg

Où disparaît l’ardeur des petits métiers, le rémouleur de peau, artisan des souvenirs rances ?
Les mains se frayent un chemin à travers le tout quotidien, les longues patiences, les heures supplémentaires.
Assis sur le côté, on peut toujours attendre la fin du travail bien fait. C’est sans compter les réductions de personnel, les vacations d’entreprise,  les promotions pour bonne conduite. Je préfère la mauvaise, le tissage à la ceinture, les eaux fortes,  la gravure qui encrent longtemps.
Où sont les travailleurs manuels, où sont les relieurs d’antan ?
©Perle Vallens

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Vie mineure

Vie mineure ©Perle Vallens.jpg

Lépreuse, le manque de peau, la main oubliée ne s’égare plus en chemin.
Le corps fracassé, tombé en miettes, la pâleur fragile de la disgrâce, tout resterait à reconstruire.
Regarder la direction prise, l’envol des oies cendrées comme le Phoenix.
Un réveil chanté à fleur de bouche.
La vie, tu sais, pousse grain à grain sous la poussière. Il suffirait de souffler sur la brume grise qui dissimule encore des espaces vierges, des arpents épidermes qui battent et brûlent à la nuit tombée.
©Perle Vallens