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Je tombe comme

Je tombe

  • comme la plume ses va-et-vient ses balancements ses oscillations dans le vent sa grâce sa légèreté en bascule finale posée au sol
  • comme la feuille son décroché son arrachement à la branche son passage des saisons dans la soif brûlée asséchée nue
  • comme la pierre lourde d’elle-même grise apesanteur rendue à la terre inerte mais solide encore
  • comme la pluie de fine à drue ses hallebardes ses lames coupantes glaciales herbes hachées pétales déchiquetés ce qu’il en reste de la charpie
  • comme la tête dure à l’endormissement mais endormie tout de même à l’arrière de la voiture son hochement qui n’en est pas un et sa retombée brutale qu’on dirait décapitée
  • comme l’enfant son genou heurté sanguinolent ses pleurs que rien ne semble calmer pas même le bisou qui soigne mais un coup de mercurochrome un leurre une guérison immédiate pour de faux
  • comme le cheval qui chute et c’est comme déchoir de son galop natal quand il se redresse avec peine sur ses jambes fébriles frêles si fines que l’on pense qu’il va chuter à nouveau
  • comme l’ascenseur sa descente douce au départ 3ème sous-sol celui du parking sombre mais celui du film d’horreur lâché d’en haut d’une tour dont les câbles ont cédé que rien ne peut retenir que celui du secours celui de la prière
  • comme l’oisillon qui s’écrase sa chute du nid alors qu’il pensait déjà savoir voler à qui sa mère avait appris ce qu’il faut pour battre des ailes se maintenir avancer dans la vie
  • comme le couperet de la parole définitive refusant l’échappatoire sa fin de non recevoir tout aussi irrévocable que celui du silence imposé
  • comme un cheveu sur la soupe même pas coupé en quatre mais trop long pour ne pas se sentir de trop pas à ma place unique cheveu sur un crâne glabre
  • comme on tombe sur un os et parfois tout un squelette peut-être même le sien
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Karen Cayrat a lu ceux qui m’aiment pour Pro/p(r)ose

Pro/p(r)ose est une revue littéraire en ligne qui paraît tous les deux mois, le dernier dimanche, et diffuse interviews, recensions d’ouvrages, créations… Y avait déjà été publiés quelques poèmes en novembre 2021.

Sa créatrice, Karen Cayrat, a lu ceux qui m’aiment dans le numéro de mai 2023 mis en ligne hier et en fait un joli retour, une fine observation de ce premier recueil édité chez Tarmac qui fait d’ailleurs l’objet d’un article et une interview de Jean-Claude Goiri, l’éditeur. Est également incluse l’écoute d’un extrait audio sur soundcloud.
Merci beaucoup à Karen pour ce qu’elle écrit, au-delà de la recension de ceux qui m’aiment. Je suis très touchée.

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Mesurer l’angoisse

Elle respire à peine. Apnée qu’elle contrôle d’on ne sait quelle partie du corps. S’il s’agit d’interdire toute émotion trop vive de la submerger. Les efforts qu’elle fait pour lisser la barre à son front, ne rien laisser paraître du stress qui la dévore. L’œil s’inquiète et roule vers les autres, sans les regarder directement, mais fugace, par en-dessous, jauge la concurrence. Elle-même se sent dévisagée. Des regards dans son dos la contournent, des regards pointillés ou insistants, qui sondent, évaluent, statuent, critiques dards d’insectes qui la pénètrent et diffusent leur venin, accroissent son angoisse. Debout, elle passe d’un pied sur l’autre, mais le mouvement deviné est interne, oscille entre l’estomac et le cœur. Le mouvement est percussion contre ses parois, sa peau invisible dans son survêtement noir, son collant invisible dessous et seulement l’ouverture devant, par où l’on voit le justaucorps, par où les battements irréguliers, par où le frissonnement instable, la chair de poule qui n’est pas de froid. Mais son ventre triche et lui remonte à la bouche. Ses lèvres se pincent pour éviter à l’air d’entrer et sortir. Exclure qu’il la contamine. Moins que les muscles, l’intérieur tout entier en tension, les organes figés dans leur eaux, leurs tissus, cette sclérose quand les membres s’efforcent de se délier, de se laisser aller à leur souplesse naturelle, relâchés. Elle attend, fébrile, l’entrée en scène, se demande quels seront les exercices imposés, combien ils seront pour la juger. Est-ce que les autres seront meilleurs qu’elle ? Est-ce qu’elle a ses chances ? Ce passage de haie du concours la tord sans la briser, quelque chose se retient encore. Mais cette légère morsure lui mange la gorge, ce pincement continu à ses tempes. Pour tromper le monde, se donner une contenance, elle fait craquer ses articulations, sa façon sonore d’habiter l’espace, de se sentir pleine de cette atmosphère qu’elle déplace, viciée de l’anxiété et lourde de ses déserts. Elle se cambre à l’extrême, son dos arqué, ployé, elle envisage le plafond comme une récompense, un refuge possible.
Perle Vallens

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Texte et photographie dans Résonances

Écrire un texte en résonance avec une photographie, tel est le principe de cet ouvrage collectif édité par Jacques Flament pour lequel je participe à nouveau. Cette fois c’est sur l’une de mes propres photographies que j’ai écrit, une de celles du livre sur l’enfance publié par le même éditeur, Que jeunesse se passe.

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Toile de nuit dans Poésie SCHLAG


Ce 3ème opus du podcast poétique SCHLAG, créé par Margaux Lallemant sur le thème La nuit est un tableau, sera diffusé en direct ce soir à 20h00 à l’Aétronome, sur le site ou irl si vous être du côté de Saint Etienne. Il accueillera le texte Toile de nuit.

Edit 9 mai 2023 : après le direct du 27 avril, le podcast est désormais sur soundcloud. Bonne écoute !