
J’ai rêvé la lettre

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…


Le ciel pleure parfois des larmes de sang, des gouttes de couchant. Touchée au front, la tâche s’émerveille, s’étoile en rigoles sur la plaine du visage.
La blessure née d’hier ne se referme pas, c’est une brûlure à haute tige qui ravage la chair et effrite la gorge. Tu le sais pourtant, tatouée de cris et de serments tus, coeur taillé à la serpe, une marque tenace en signature.
Orvet en collier, orpheline d’un baiser, la morsure cruelle laissé en partage d’un amour pillé.
©Perle Vallens

Remiser la foi au fond des puits.
Tendre le cou aux anges, aux lacérations du ciel.
Relever le col de chemise pour la guillotine.
Trancher au couteau l’attention du moindre mal.
Cravatée d’hier, rendre gorge là où cela serre.
©Perle Vallens

J’afflige le sens de la main dans le froissé des draps.
Un lin blanc, lourd de lendemains pâlis, de tours de reins à vide.
La volonté vraie des oreillers au souffle rouge.
©Perle Vallens

Les mots dérivent loin des horizontales, ils prennent la tangente côté cœur. Ils s’allongent en pente douce, en déclive lente, en pan incliné. Et moi, je penche, je me laisse couler à pic. Mon corps, flotte entre deux lignes, cogne à gauche, l’échine braquée vers toi, couchée à l’italique. Toute entière obliquée, je me laisse arquer, liée au carcan de ton nom.
©Perle Vallens


Die Lust erklärt die Sehnsucht
Die Lust erzählt die Frucht
zwischen den Beinen
Eine Luft fliegt unterwegs
die Flucht in die Brust
Balsam auf der Haut
scheint weit von dem Grau
So ein Licht drauf
bricht meine Lippen
ein roter Ruß wie heißer Kuss
Blau ist der Geist
wenn er erntflieht
©Perle Vallens
Traduction proposée :
La luxure explique le désir
La luxure raconte le fruit
entre les jambes
Un air vole sur le chemin
l’évasion à la poitrine
Le baume sur la peau
l’éloigne de la grisaille
Une telle lumière
brise mes lèvres
une suie rouge comme un baiser chaud
L’esprit est bleu
quand il s’évade

Je cherche encore dans le fouillis des herbes l’effeuillement pourpre des fêtes d’automne. Un tapis de pétales où poser ma solitude, où faire germer les rêves. Des guirlandes de clochettes pour faire chanter les mots dans la fraîche clarté du jour. Je parcours en pensée le frisson des parfums, celui qui mène aux amours passées. D’une bouffée je réinvente la mémoire, j’aspire l’air clair des nouveaux matins, j’auréole mon jardin de lumière et de feu. Je survis à l’hiver dans l’aurore qui renaît.
Jusqu’au soupir du soir.
©Perle Vallens

Moi je prends des gants, tu vois. Je prends des gants avec les gens. Des gants de peau et de mots pour les caresser dans le sens du poil. Je les polis, tu vois. Je les caresse, poliment, du bout de mes gants. Je pose sur eux, sur leurs yeux, sur leur mains, mes gants, mais de loin. Je me tiens à distance, tu vois. Je ne les touche pas vraiment, juste un doigté de gant. Je les crains, tu vois. J’ai peur des gens. J’ai raison, tu vois. Parce que des fois, je me prends des gants de trop près, à revers, du direct. Du cuir dur qui boxe, du métal froid, de la pierre, des gants qui étouffent, des gants qui lacèrent. Alors je laisse tomber mes gants à terre. Et mes mains avec.
©Perle Vallens
Texte paru dans Revue Métèque

L’appui se quitte dans l’ombre.
L’horizon se foule au pied, large gravier soufflé à la bouche. Il s’éparpille dans le reste de lumière, à perte de vue.
Au premier pas, le verre dans l’œil ne brille plus. L’espace s’agrandit dans le vide.
L’abîme flotte à l’arête de la cheville, gicle un voile noir, un sang de jais. La pensée s’éjecte en reptations illusoires, éclabousse le seuil de l’envie.
Quitte à tomber, encore avancer.
©Perle Vallens